Le ministre des Outre-mer, Manuel Valls, a salué mardi à Nouméa « un pas décisif » franchi vers un accord sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie et annoncé une reprise des négociations à partir du 29 avril, avec l’objectif de parvenir à un accord global.
« Nous avons franchi un pas décisif », a déclaré aux journalistes Manuel Valls aux côtés d’Éric Thiers, conseiller spécial du Premier ministre François Bayrou, à l’issue de quatre jours d’échanges intensifs avec les principales formations politiques locales. Selon le ministre des Outre-mer, la prochaine séquence de dialogue est prévue à partir du 29 avril et l’objectif sera cette fois de « parvenir à un accord global sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie ».
Les discussions s’appuieront sur un projet d’accord transmis aux délégations le 30 mars, dont le contenu n’a pas été dévoilé mais qui fixe plusieurs axes de travail comme les modalités du droit à l’autodétermination de la Nouvelle-Calédonie, la répartition des compétences régaliennes, la gouvernance locale, la citoyenneté calédonienne ou encore le corps électoral.
Une « déclaration commune » transmise à la presse par le ministère des Outre-mer indique que « l’ensemble des partenaires politiques calédoniens » se sont accordés sur la nécessité d’engager ces négociations formelles à partir du 29 avril. Territoire français du Pacifique Sud, la Nouvelle-Calédonie bénéficie d’un statut unique depuis l’accord de Nouméa (1998), qui a transféré progressivement des compétences à la collectivité et permis l’organisation de trois référendums d’autodétermination entre 2018 et 2021.
Les trois scrutins ont vu la victoire du non à l’indépendance, mais le dernier, boycotté par les indépendantistes, reste contesté et a plongé l’archipel dans l’incertitude. En 2024, un projet de réforme du corps électoral calédonien a cristallisé les divisions entre loyalistes et indépendantistes et accru les tensions jusqu’aux émeutes déclenchées en mai, qui ont fait 15 morts et plus de deux milliards d’euros de dégâts. Selon Manuel Valls, ce contexte économique et social a fortement influé sur les échanges, « obligeant tout le monde à ce sursaut ».
D’ici la prochaine séquence, les échanges se poursuivront par visioconférences entre les délégations indépendantistes, loyalistes et l’État. Le gouvernement jouera un rôle de coordination et veillera au respect de la méthode, ont précisé MM. Valls et Thiers. Les formations politiques locales disposeront du temps nécessaire pour consulter leur base. Le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), principale alliance indépendantiste, doit notamment organiser rapidement un congrès pour obtenir un indispensable mandat de négociation.
Emmanuel Tjibaou, président de l’Union calédonienne (principale composante du FLNKS) et député indépendantiste, a salué à la sortie des discussions au Haut-Commissariat « un état d’esprit respectueux » et « une méthode de travail validée par tous », estimant que ces discussions devaient permettre de « tracer un chemin vers la pleine émancipation ». De son côté, la cheffe de file des loyalistes, Sonia Backès, a évoqué « des petits pas » en avant et « des discussions nécessaires », tout en reconnaissant que « les positions restent très éloignées sur un certain nombre de sujets ».
« Ce qui ressort de concret de cette nouvelle séquence, c’est qu’on est maintenant engagés dans une phase de négociations directes à partir d’un document proposé par l’État », a résumé l’ex-député Philippe Dunoyer, cité par la chaîne locale NC La 1ère, du parti non-indépendantiste modéré Calédonie ensemble. Malgré des désaccords persistants, Manuel Valls s’est montré prudemment optimiste à la sortie des discussions. « Je crois que l’accord est possible cette fois-ci », a-t-il affirmé, se défendant de toute naïveté et rappelant que François Bayrou a fait de la recherche d’un accord sur l’avenir institutionnel du territoire une priorité de son action.
Il a précisé que la discussion porterait sur une période de stabilité pour le territoire, avant que le droit à l’autodétermination puisse éventuellement s’exercer à nouveau. Les Calédoniens seraient appelés à valider tout éventuel accord et « seront les seuls décideurs à la fin », a ajouté le ministre.
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