Depuis le début des années 2000, le Waki Band sillonne La Réunion et d’autres îles de l’océan Indien, pays africains et villes métropolitaines pour animer feÃâtes publiques ou privés, cérémonies, défilés. Il est un des derniers orchestres en cuivre que compte l’île perpétuant ainsi une tradition qui a eu ses heures de gloire dans les années 1950. Son répertoire rend hommage au séga, une musique résolument ouverte au monde.
Des airs de S.O.S résonnent dans les paroles de Sully Fontaine, trompettiste au Waki Band. “Il est compliqué de trouver des jeunes qui veuillent bien nous rejoindre”, déplore le musicien. L’origine du nom de la troupe s’inscrit dans une localité du Sud, du coÃâté de La Rivière ouÃ⬠elle a vu le jour.
Son identité musicale meÃâle rythmes et airs africains, malgaches et européens, “ à l’image de l’homme créole d’aujourd’hui, hybride et fier de son identité multiple”. Le Waki Band a ravivé la flamme des “lorkès an kuiv” qui, dans les années d’après-guerre, sillonnaient l’île de long en large pour animer mariages et bapteÃâmes, jouer lors des cérémonies officielles et aux coÃâtés des candidats politiques en campagne. On en comptait alors une soixantaine !
Durant des kermesses que ces fanfares animaient avec ferveur, une dizaine de musiciens se relayaient toute la journée pour jouer à proximité des carrousels. Puis, à la fin des années 1970, les tourne-disques ont démocratisé la musique amplifiée et les Réunionnais ont commencé à acheter des 33 et 45 tours, ceux de Benoîte Boulard et Luc Donat par exemple. La radio diffusait le séga, le yéyé. “ À ce moment-là, on a observé une déperdition du séga et du maloya joués par les orchestres en cuivre pour peu à peu disparaître presque complètement”, raconte Sully Fontaine.
Appel aux conservatoires. Celui qui fut un temps directeur du FRAC Réunion (fonds régional d’art contemporain), souligne un autre phénomène expliquant ce manque d’attrait : “Le manque d’engouement pour l’enseignement et la transmission de ces instruments”, contrairement aux Antilles et Cuba qui ont su perdurer un savoir-faire musical local.
“Nous aimerions eÃâtre sollicités par les conservatoires pour faire connaître notre répertoire, donner envie aux enfants à apprendre à jouer ces musiques locales”, avance le trompettiste. Le groupe souhaiterait aussi eÃâtre appelé à représenter La Réunion lors d’événements en Métropole comme le Salon de l’agriculture. Le Waki Band a d’ailleurs à son actif des voyages en Afrique du Sud, aux Seychelles, à Maurice, à la feÃâte de l’Humanité à Paris, au plus grand festival de musique folklorique au monde à Confolens (Charente), etc.
Sur l’île, la troupe s’est produite sur scène dans des festivals tels Sakifo et Manapany. Mais sa prestation préférée reste la déambulation. “Nous sommes un groupe post-apocalyptique qui peut dégainer n’importe ouÃâ¬!”, dit en souriant Sully Fontaine. Il arrive en effet aux musiciens de se rendre à pied à Cilaos, dans les cirques, instruments sur le dos pour animer des mariages.
Le séga est un formidable moyen pour véhiculer un message important. Vecteur politique fortement utilisé auparavant, il a pour vocation de mettre en musique les chroniques de l’actualité réunionnaise. “Les racines du peuplement de l’océan Indien ont été irriguées par le séga. Notre histoire commune nous pousse à communiquer avec nos amis de la zone”, invite Sully Fontaine. Alors, reprendre le fil identitaire oui, mais dans une dimension d’ouverture au monde, résolument. C’est à cette condition que la culture musicale réunionnaise pourra rayonner dans le monde entier et, peut-eÃâtre, attirer la relève.
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