Les professionnels du vin et des spiritueux français ont exprimé jeudi “stupéfaction” et “consternation” après que Donald Trump a menacé de porter à 200% les droits de douane des alcools européens si l’UE ne retirait pas son projet de taxe sur le bourbon.
“A 200%” de droits de douane, “le business s’arrête”, a prévenu Nicolas Ozanam, directeur de la Fédération française des exportateurs de vins et spiritueux (FEVS). Des taxes de 200% reviennent à tripler le prix de la bouteille vendue. Inimaginable pour le secteur, partagé jeudi entre “stupéfaction, consternation et sentiment d’urgence pour trouver une solution”, a dit M. Ozanam.
La France a exporté en 2024 pour 3,9 milliards d’euros d’alcools aux Etats-Unis, soit un quart des exportations du secteur, selon les douanes et la FEVS. Le pays représente le premier marché, en valeur comme en volume, pour les vins de Bordeaux, selon le Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux, qui n’a pas souhaité réagir dans l’immédiat aux menaces américaines. “Notre secteur génère 70.000 emplois en France (…) et n’accepte pas d’être sacrifié du fait de décisions politiques européennes qui ne le concernent pas”, a estimé de son côté le Bureau national interprofessionnel du cognac (BNIC), qui rappelle que “le marché américain est (son) premier débouché”.
Donald Trump a menacé jeudi d’imposer des droits de douane de 200% sur les vins et alcools de l’UE, si elle ne retirait pas les taxes de 50% annoncées sur le whisky et le bourbon américains. Bruxelles a annoncé ces taxes mercredi en représailles aux surtaxes américaines de 25% sur l’acier et l’aluminium. “On ne comprend pas ce que fait la Commission européenne, cela fait des mois qu’on lui dit que ça n’a aucun sens”, a estimé M. Ozanam.
Mais “on ne peut pas se laisser terrasser par des menaces de cet ordre”, a estimé le Premier ministre François Bayrou, en marge d’un déplacement à Lyon. “Il importe que nous montrions, nous, Européens, (…) que nous ne cédons pas à ce genre de menaces”, a-t-il ajouté, balayant l’idée d’abandonner la taxe sur le bourbon. “Nous n’avons jamais voulu qu’il y ait une augmentation des droits de douane”, a souligné le ministre du Commerce extérieur, Laurent Saint-Martin, sur BFMTV. “Nous ne voulons pas d’une guerre commerciale mais l’Europe ne va pas se laisser faire si les Etats-Unis continuent à menacer les exportations européennes”, a-t-il ajouté, appelant à poursuivre le dialogue pour convaincre les Américains de faire machine arrière.
Les droits de douane américains sur le vin français sont aujourd’hui à un niveau très bas, autour de 10 centimes d’euro le litre, selon la FEVS. Les spiritueux étaient eux exonérés de taxes depuis un accord transatlantique de 1997. Ce dernier avait permis, selon le lobby du secteur Spirits Europe, un boom des échanges jusqu’en 2018, quand la précédente administration Trump avait lancé sa première guerre commerciale sur l’acier et l’aluminium.
Les spiritueux subissent déjà depuis l’automne une surtaxe de Pékin, son autre grand marché, en contentieux avec l’UE, ce qui a entraîné une baisse de 25% des exportations de cognac et d’armagnac vers la zone Chine/Hong-Kong/Singapour. “On savait que ça allait nous tomber dessus, mais 200%… Les Etats-Unis sont notre deuxième marché export en valeur et en volume”, s’est alarmé jeudi Olivier Goujon, directeur de l’interprofession armagnac, appelant le gouvernement à “prendre le sujet à bras le corps”.
Du côté du champagne, nommément visé par Trump jeudi, ni le Comité champagne, ni LVMH n’ont souhaité réagir dans l’immédiat. “On a le devoir de garder notre sérénité: si tout le monde devient fébrile, on risque l’embrasement”, a commenté Vitalie Taittinger, présidente de la maison éponyme. A 200% de taxes, une bouteille vendue une soixantaine de dollars passerait à plus de 180, souligne-t-elle: “le prix risque de devenir inaccessible pour le consommateur”, alors que les Etats-Unis sont le deuxième marché à l’exportation après le Royaume-Uni.
Depuis son retour à la Maison Blanche, le président américain a multiplié les annonces de droits de douane, comme moyen de pression sur les Etats tiers, de protection de certains secteurs industriels et source de revenus pour l’Etat fédéral.
Maxence D’AVERSA, Catherine HOURS, Karine ALBERTAZZI
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